POÈMES-ARTICLES-DESSINS FÉMINISTES

Dans le cadre de notre concours d’articles féministes nous avons reçu de nombreux poèmes, des dessins, des photos, devant tant de créativité, nous avons choisis de vous en faire profiter ! Nous vous présentons également quelques textes qui ont retenus notre attention. Bonne lecture !

Aimer les femmes

Aimer les femmes

Désormais nous publions les articles reçus pour le concours 2015 de manière aléatoire.

Voici celui de Martens Catherine

Aimer les femmes

Il y a quelques temps, dans mon fil d’actualité, j’ai vu passer un article intitulé « le monde arabe n’aime pas les femmes ». Plus bas, dans ce même fil d’actualité, se trouvait la photographie d’une espèce de fresque. Une fresque dans un hôpital, montrant une Wonder Woman violentée, comme un appel immonde à nous faire taire, à raviver nos peurs au ventre, partagée et repartagée jusqu’à la nausée par de nombreux internautes.

J’ai songé alors à ceux qui nous auscultent à notre insu ; à ceux qui dénigrent nos paroles ou qui les tournent en dérision ; à ceux qui refusent notre autorité, qui veulent nous renvoyer à nos foyers ; à ceux qui nous suppriment nos allocations, qui clament que nous voiler est une liberté ; à ceux qui nous omettent lors d’une oraison funèbre ou qui nous rayent de l’histoire avec grand H ; à ceux qui nous tripotent dans les transports en commun, qui nous pelotent les seins dans les manifestations ; à ceux qui nous assoient en bikini rikiki sur un capot, toute carrosserie refaite, pour vanter une voiture ; à ceux qui nous humilient publiquement ou dans le silence de l’isolement conjugal ; à ceux qui nous font tourner dans des pornos dégradants, qui nous violent ou qui nous paient pour nous sauter ; à ceux qui nous prennent en otage, nous marient de force, font de nous des esclaves ; à ceux qui nous malmènent, qui nous insultent, qui nous excisent, nous terrorisent ; à tous ceux qui nous tuent ; à celles, enfin, qui déclarent si souvent « je ne suis pas féministe ». Et je me suis dit que c’est le monde entier qui n’aime pas les femmes.

Puis j’ai pensé à ceux, de plus en plus nombreux, qui deviennent féministes; à ceux qui osent rallier cette cause commune, pour tous et non contre eux ; à ceux qui ne craignent ni les échanges, ni de s’aventurer hors de la cage, à nos côtés ; à ceux qui se lèvent la nuit et qui partagent les tâches ; à ceux qui nous aiment en femmes à armes égales ; à celles qui, en retour, ne peuvent que les aimer davantage. Et j’ai rêvé que tout était encore possible.

Cathsms, 05/03/2015

Une fille parmi les autres

Une fille parmi les autres

Voici le texte de Nine Adler !

We Shout

Luttons ensemble contre la culture du viol.

Une fille parmi les autres

Je m’appelle Nine, j’ai 19 ans et je suis étudiante. Je fais mon jogging tous les soirs. Ca me

fait du bien, ça me détend. Je ferais mieux de parler au passé, car un peu plus chaque jour

mon sport se transforme en traque.

Quand je cours, je ne ressemble pas exactement à un mannequin en train de défiler pour

Victoria’s Secret. J’ai un legging noir, des baskets fluo, un pull de couleur vive, une grosse

écharpe et mes écouteurs enfoncés dans les oreilles. Il se trouve que quand je cours, je

transpire, je suis rouge, je suis bouffie. Au risque d’en surprendre plus d’un, je ne suis pas

l’archétype du sex-symbol quand je fais du sport. Pourtant, pour une raison que j’ignore, je

deviens une proie plus que jamais au moment où toute ma tenue indique que je suis dans un

sale état et complètement indisponible. Après qu’on m’ai arrêtée un nombre incalculable de

fois pour mon numéro de téléphone, qu’on m’ai reluquée comme un morceau de viande,

qu’on m’ai suivie en camionnette sur plusieurs centaines de mètres jusqu’à trouver enfin une

intersection à sens interdit, j’ai désormais peur de faire mon jogging. Je suis ceinture marron

de karaté, je sais me défendre. Je suis une grande féministe, je connais toute les punchlines du

monde pour clouer le bec de n’importe quel mec. Pourtant, en situation réelle, je n’ai plus

aucune arme.

Jeudi soir, je sors courir. Rue de Vaugirard, un homme de l’âge de mon père m’arrête.

– J’ai deux questions pour vous.

– (Laisse-moi deviner, la première ça va être “ou est tel endroit” et la deuxième “vous pouvez

me donner votre numéro de téléphone ?”)

– Ou est-ce que je peux trouver le prochain métro ?

– Tout droit. (bingo)

– Et vous êtes vraiment magnifique, vous voulez venir chez moi prendre un verre?

PAUSE

Je fais mon jogging, je suis sale, dégoulinante même. Est-ce que j’ai l’air une demi-seconde

disponible pour aller chez un vieux mec prendre un verre ?

ON REPREND

– Non je dois rentrer chez moi.

– Je peux prendre votre numéro au moins?

– Non.

– Pourquoi?

– Je ne donne pas mon numéro aux inconnus.

– Mais je ne suis plus un inconnu, ça fait 5 minutes qu’on se parle et je t’ai meme proposé de

venir chez moi. Je te fais peur ?

– C’est assez maladroit en effet de déranger quelqu’un dans la rue comme ça. (Depuis quand

on se tutoie monsieur ?)

– Tu fais quoi dans la vie ?

– Je suis étudiante en psychologie (vous remarquerez que je ne vous demande pas ce que vous

faites, ça signifie que je m’en contrefiche et que je suis en train de vous dire de me laisser

tranquille).

– Moi je suis ingénieur son. On fait pareil dans la vie, on écoute les choses. Ecoute, je vais te

dire la vérité, je suis direct comme mec. Je t’ai vue, j’ai eu envie de toi et je suis venu te

parler. Tu dois d’ailleurs apprendre en cours que le positif attire le positif non ?

– (J’apprends plutôt la reconnaissance des visages par le cerveau et comment fonctionne la

mémoire à court terme mais je n’ai pas encore lu d’études sérieuses prouvant que “le positif

attire le positif dans la vie”) haha je suppose (Comment ça “haha je suppose” ? Ca va pas

Nine ? Mais pars en courant bordel, casse-toi, fais semblant de voir quelqu’un, pourquoi tu

restes tétanisée sur le sol comme ça ?)

– T’as un copain ?

– Oui (bien sur que non Nine qu’est ce que tu racontes à la fin ? Je me sens tellement mal à ce

moment que si je lui donne l’illusion que “j’appartiens” déjà à quelqu’un peut-être qu’il me

lâchera)

– C’est vrai ce mensonge ?

– Oui (est-ce qu’il a senti que je doutais dans le ton de ma voix ? Est-ce qu’en fait il me trouve

moche et il pense que je suis seule et que je vais lui dire oui plus facilement? QU’EST-CE

QUE T’EN AS FOUTRE DE CE QU’IL PEUT BIEN PENSER DE TOI. Nine, il faut que tu

te tires de cette situation rapidement, juste pars en courant, PARS)

– Tu sais mon histoire avec Mathilde a commencé comme ça aussi, elle est passée a la maison,

elle a bien vu que j’étais pas un fou, elle… Trois heures de blabla de sa folle histoire d’amour

avec Mathilde.

– Je dois vraiment rentrer chez moi, ma mère m’attend pour dîner.

– Je te fais complètement flipper en fait ?

– Vous avez des enfants ?

– Non pourquoi ?

– Parce qu’un bon parent apprend à ses enfants à se méfier des inconnus.

– Non un bon parent apprend à ses enfants à saisir les bonnes opportunités de la vie.

– Au revoir monsieur. (on y arrive enfin)

– T’es sure que je peux pas te laisser mon tel au cas ou ?

Pourquoi lire tout ça ? Pour que vous compreniez, vous, les gens de principe, vous les amis

moqueurs qui ne prennent rien au sérieux, vous les gens autour de moi qui me connaissez si

bien, que même en ayant fait 9 ans de karaté, même en ayant un sacré sens de la répartie

quand quelqu’un vous prend au dépourvu, vous vous sentez nue, plaquée contre un mur, sans

échappatoire.

Oui maintenant que l’incident est passé, je vois tout ce que j’aurais pu faire pour mieux m’en

sortir.

Vous trouverez toujours une raison pour m’incriminer. Pourquoi tu lui as parlé autant ?

T’aurais pas du lui sourire. On t’a jamais dit que les baskets jaune fluo avec un pull bleu fluo

ça excitait les hommes ?

Je rentre chez moi et je pleure dans ma chambre. Non c’est pas si grave. Non il ne s’est rien

passé. Oui il y a des histoires bien plus horribles. Oui je suis plus forte que ça et je ne vais pas

laisser quelque chose d’aussi futile m’atteindre et m’empêcher de courir.

Si vous me lisez, Monsieur, écoutez moi. Vous n’êtes peut être pas violent. Vous n’avez peut

être jamais violé une femme de votre vie. Mais pendant ces 10 minutes avec moi, vous vous

êtes octroyé un droit qu’aucun être humain ne devrait tolérer. J’ai dit non. Une fois. Deux

fois. Plusieurs fois. Et vous avez continué. Vous ne m’avez pas entendue. Votre harcèlement

m’a plongée dans un inconfort dont j’ai mis plusieurs heures à me sortir. Vous m’avez

blessée. Vous avez blessé la femme forte et indépendante que j’essaie de devenir jour après

jour. Vous m’avait fait régresser à l’état de petite fille soumise. Vous avez pris mon identité et

l’avez méprisée. Vous avez pris mes paroles et les avez négligées. Et je ne vous permet pas, ni

par les gestes, ni par les mots, ni même par les regards, de mettre en péril la personne que je

suis.

Sachez, cher lecteur, que vous n’avez pas besoin de me culpabiliser, je le fais assez. Je le fais

tous les jours. Quand je m’habille chez moi le samedi soir, que je me trouve jolie et que je

suis contente de ma tenue, et quand 5 minutes plus tard dans la rue, je tire sur ma jupe et

regrette d’avoir mis du rouge à lèvres. J’ai lu les articles sur “comment ne pas se faire violer”

et je n’ai jamais vu mon frère en lire un. Je développe toutes les stratégies dans la rue pour ne

pas être perçue comme une proie, mais mes amis ne font rien pour ne pas être perçus comme

des prédateurs. Pour tout ceux autour de moi qui continueraient à se voiler la face, à prétendre

que la culture du viol n’existe pas, vous aussi vous n’entendez pas mes paroles. J’ai peur, et

vous devez le savoir. Tant que mes amies et moi n’auront plus peur d’être une femme dans la

rue, je continuerais à revendiquer cette cause qui apparemment “n’est pas d’une importance

primordiale” (un garçon de mon âge en soirée). Pour ces raisons, je refuse que l’homme de

ma vie grandisse avec cette mentalité, je refuse que mon frère devienne un homme dans ces

conditions, je refuse d’élever mes futurs enfants dans un monde qui ne tourne pas rond.

Je m’appelle Nine, j’ai 19 ans et je suis étudiante. Je fais mon jogging tous les soirs et ce n’est

pas une provocation.

J’ai fait un rêve

J’ai fait un rêve

Maintenant l’article de Véronica Lavroff

 

J’ai fait un rêve la nuit dernière et c’était fou. J’ai rêvé que tout était possible pour les humains qui

portent le même chromosome sexuel que moi. Que les petites filles pouvaient rêver de devenir des

championnes de sport, des politiciennes puissantes ou des agents secrets ; et que personne ne

remettrait en cause leurs capacités ni n’essayerait de les dissuader de réaliser leurs rêves. Pendant

un moment, mon cerveau a fabriqué de toute pièce une utopie totale : qu’aucune femme dans le

monde ne serait victime de viol, de violence domestique, de torture, car aucun homme n’aurait le

courage de s’attaquer à une femme ou ne chercherait à la dénigrer ou la détruire. Car cela n’a aucun

sens ! J’ai rêvé que je ne subirais ni mépris ni condescendance de la part de mes congénères

masculins dans ma vie professionnelle, et que je n’aurais à craindre aucune discrimination sur la

seule base que mon sexe n’est pas « le bon ». J’ai rêvé que marcher dans la rue serait un acte simple

et banal, gratuit et naturel qui ne nécessiterait aucun commentaire des gens qui m’entourent. Oui,

pourquoi donc entendre sur mon sillage des commentaires! Dans mon rêve, ma construction vers

l’âge adulte n’aurait jamais été influencée par ces sifflements, ces gestes déplacés ou ces remarques

obscènes, entendus dès le plus jeune âge. Je ne serai sans doute pas la même aujourd’hui. J’ai rêvé

que je n’avais jamais perdu un peu de mon insouciance un soir après avoir subi dans une rue, sans

aucune justification, un attouchement dans la rue et que personne ne m’aurait objecté que ce n’était

qu’une « simple » main aux fesses… Et aussi, j’ai rêvé que je n’avais jamais eu droit, pendant mes

études, à des blagues sexistes de la part de mes professeurs, ces personnes pour moi éminentes que

je respectais. Que jamais je n’avais subi ce « racisme ordinaire » car il était bien identifiable et que

l’on se devait d’intervenir. Que je n’avais jamais douté de moi à cause de celui-ci. Qui sait quelle

personne je serais aujourd’hui ? J’ai rêvé que j’en étais prémunie par des lois, des amendes, qui

ouvertement le condamne. A cette pensée, je me suis sentie tout simplement protégée, rassurée

comme un enfant. Comme lorsque mon père me défendait dans la cour de récréation. J’ai aussi dans

mon rêve eu cette idée folle que personne ne fermerait les yeux et ne regarderait de l’autre côté. J’ai

rêvé que je n’avais jamais frissonné de rage et de dégout, la gorge nouée, à la lecture d’un nouveau

fait divers. J’ai rêvé que le simple fait de sortir tard le soir ne me pousserait pas à m’inquiéter et à

entendre le fameux « fais attention ». Que je pourrais tout simplement vivre ma vie de façon

spontanée. J’ai rêvé que mon rire ou mes éclats de joie ne choqueraient personne et que je riais à

gorge déployée. J’ai rêvé que j’étais complètement libre en gestes, paroles et actes… Liberté, ce mot

est si beau et cette sensation si puissante. Dans mon rêve, ma sexualité n’intéressait personne et

restait un sujet intime, non étalé sur la place publique. J’ai rêvé que mes problèmes intimes, et tout

ce qui était liée au fonctionnement complexe de mon corps n’était pas étudié, scruté et « marketé »

dans des publicités humiliantes et ridicules. Que l’on ne se soit jamais moqué de moi. Car encore

pourquoi aurais-je honte de ma propre nature ? J’ai rêvé que l’on traitait mes soucis de santé avec

équité, objectivité et bienveillance ; qu’ils étaient aussi importants que ceux des autres, que je serais

traitée avec le plus grand respect quand je vais à l’hôpital ou lorsqu’on m’examine. S’il n’y avait

qu’une situation dans laquelle je mérite le respect, je retiendrais celle-ci. Enfin, j’ai rêvé de pouvoir

compter sur mes congénères masculins pour leur soutien, leur amitié et leur estime. Qu’ils

considéraient mon esprit et mon âme avant mon corps; qu’ils m’offraient leur amitié avec sincérité.

Qu’ils ne me sexualiseraient jamais dans un contexte professionnel, qu’ils prendraient en compte

mes compétences et surtout qu’ils seraient prêts à me soutenir face à une agression physique. Mais

aujourd’hui je n’en suis plus si sûre. Que leurs regards ne seraient jamais menaçants ou intimidants.

Car cela n’a aucun sens. J’ai rêvé que la moitié de la population mondiale était prise en compte par

les gouvernements et reconnue « d’utilité publique ». Qu’il était enfin évident pour tous que : les

femmes exercent une influence positive et constructive dans notre monde. J’ai rêvé que nous étions

tous nés du même œuf et marchions ensemble. Peut-être ai-je même un peu trop rêvé, car j’en avais

le sourire aux lèvres. Et puis je me suis réveillée, et ce sentiment de bien-être a disparu car la réalité

m’a frappé de plein fouet. Je me suis dit alors que les choses avancent, que le combat continue, que

le changement est en route, que pleins d’initiatives naissent, que les mentalités évoluent et que nous

avons « du pain sur la planche », mais que nous sommes sur le bon chemin. Et mon sourire est

revenu car il m’a semblé avoir entrevu dans mon rêve une partie de l’avenir.

C’est comme une femme sans cheveu

C’est comme une femme sans cheveu

Voici l’article de Bénédicte Launay !

 

C’est comme une femme sans cheveu… Phrase relevée dans une chronique d’un journaliste pour

étayer son propos sur un échec. Journaliste qu’on ne peut pourtant pas taxer de machisme exacerbé!

Le cancer du sein touche une femme sur 8 voire sur 7. Parfois jeune ou très jeune (avant 30 ans).

Il y a la souffrance de la maladie ( ou plutôt des traitements), la difficulté du monde médical (pas

formé, mal formé?) à gérer le psychologique mais aussi et toujours un monde stéréotypé où la bonne

petite cancéreuse se souvient tous les jours de sa qualité de femme dans une société encore

patriarcale!

Première vision du monde du cancer : Rose.

Rose,comme le nom de la revue dédiée aux cancéreuses en libre service à l’hôpital au demeurant pas

mal!

Rose encore comme le nom de l’association qui s’occupe de nous bichonner et nous oriente dans les

méandres de la maladie… Pourquoi par verte, jaune, bleue…?

Ensuite il y a la première visite au médecin qui vous explique qu’il doit vous ôter un sein et vous parle

immédiatement de reconstruction! Mot magique! Les infirmières que vous rencontrez vous reçoivent

en réunion « Tupperware » pour vous vanter les prothèses en attendant LA RECONSTRUCTION … On

touche, on malaxe, on s’amuse du mamelon à positionner sur le sein prothèse!…Jamais on ne vous

dit que 70% des femmes choisissent de ne pas reconstruire! Et dans ces 70% combien assument

cette asymétrie à 100%?! Les vraies amazones qui les encourage à assumer leur différence?

Il y a aussi, après l’opération les « tu as le droit à des aides »assénés comme une évidence. Bon c’est

juste un sein en moins, parfois aussi un bras plus fragile! Mais qui va faire le ménage, le repassage,

les courses, les repas! Femme fragile doit se reposer et l’homme ne peut pas assumer à sa place ces

tâches bassement matériels! C’est donc à la société d’assurer!?

Puis enfin, les cheveux! Car oui la chimio rend souvent chauve!… Perruque pour toutes! Ce qui donne

des visions surréalistes: vous croisez votre jumelle perruque en blonde ou en rousse ou ce modèle qui

vous plaisait bien sur la tête d’une autre…quelques rebelles en foulards ou bonnets et les VRAIES

rebelles tête nue! Et le must : à la chimio, le casque de glace (une sorte de capuche immonde en

plastique sortant du congélateur) sur la tête, censé activer la repousse des cheveux! On est là en plein

dans le concept « il faut souffrir pour être belle »! On peut rajouter les gants et chaussons tout aussi

glacés pour la beauté des ongles!… Pour le reste du système pileux, on ne vous propose rien!

Vous l’aurez compris, féministe  cancéreuse c’est un double combat!

Moi, Lénore

Moi, Lénore

MOI, LENORE, 10 ANS :

MON POINT DE VUE SUR LE FEMINISME

Les droits des femmes me tiennent vraiment cœur, et je vais vous exposer mon

point de vue face à toutes ces injustices.

J’ai découvert à 9 ans que les femmes n’avaient et n’ont pas beaucoup de

droits. Elles n’ont pas toutes comme moi la chance d’aller à l’école et d’être

instruites. La plupart des petites filles dans certains pays sont mariées de force

entre huit et dix ans, et elles sont parfois vendues à des hommes qui pourraient

être leur grand-père, et qui leur font beaucoup de mal.

Dans certains pays, les filles travaillent à partir de 4 ans.

Je trouve que les filles et les femmes ne sont pas forcément faites pour faire le

ménage et la cuisine.

On devrait, dans le monde entier, pouvoir se marier par amour à la majorité. Nous

sommes vendues alors que nous ne sommes pas des objets, c’est scandaleux !!! Et

travailler à partir de 4 ans, pour moi, c’est de l’esclavagisme !!!

En France, les femmes n’ont le droit de voter que depuis peu de temps. Les

salaires ne sont pas égaux, c’est injuste car les hommes et les femmes travaillent

autant la plupart du temps.

Les produits qu’on achète (qui sont pareils pour les hommes et les femmes) ne sont

pas au même prix, ce n’est pas juste.

Des femmes et des adolescentes sont souvent agressées dans la rue, quelle que

soit leur façon de s’habiller… et après, elles sont accusées d’avoir voulu

Pour les femmes, c’est déjà beaucoup à supporter… et encore, je n’ai cité

que quelques-unes des inégalités auxquelles sont confrontées la plupart d’entre

elles… Mon point de vue face à tout ça est que nous, les femmes, nous avons moins

de droits que les hommes.

La personne qui m’a le plus amenée à me battre pour mes droits, et pour

ceux de toutes les femmes, est Malala YOUSAFZAI.

Ses parents lui ont offert une éducation, alors qu’au Pakistan toutes les filles n’ont

pas la chance d’aller à l’école. Son père, professeur, a trouvé important qu’elle

Elle s’est opposée à l’idée des talibans que la place des filles est de faire le

Le 9 octobre 2012, un taliban lui tire une balle dans la tête, alors qu’elle rentre en

bus de l’école. Après trois opérations au Pakistan, elle est évacuée vers

Birmingham en Angleterre, où une intervention très complexe lui rend 86% de son

Le 10 octobre 2014, Malala est élue Prix Nobel de la Paix. C’est la plus jeune

personne à l’avoir remporté, et elle le méritait.

Je trouve Malala très courageuse, et je l’admire.

Comme elle, j’aimerais pouvoir élever ma voix, pour montrer combien notre cause

est importante, et combien elle me tient à cœur.

Beaucoup de personnes n’ont jamais entendu parler de toutes les femmes

qui se battent et se sont battues pour l’égalité des sexes.

EGALITE POUR TOUS !!!!!!!!

Lénore SANDERE

 

Lenore.SANDERE

 

 

 

 

08 Lenore_SANDERE

 

 

 

 

Bouquet de culottes

Bouquet de culottes

Voici un article, qui nous avait été proposé lors de notre concours d’écriture d’articles féministe 2015, il s’agit du texte d’une « cycliste féministe » Lise Bilien que nous remercions de sa participation.

A partir de maintenant nous publierons les autres articles reçus pour le concours 2015 de manière aléatoire.

On entend beaucoup parler de harcèlement de rue en ce moment. Déjà, avoir trouvé un nom « harcèlement de rue », ça rend les choses très concrètes, surtout pour les hommes qui ne réalisent pas bien la réalité du truc… Et puis, les emmerdeurs entrent tout à coup dans une case qu’ils ne pensaient sans doute pas occuper un jour.

Voici déjà quelques chouettes outils pour la pédagogie. Ben oui. Faites tourner.

Le projet crocodiles parle des situations de harcèlement et donne aussi des solutions :
http://projetcrocodiles.tumblr.com/

Cette fille est tout simplement géniale :
http://diglee.com/stop-harcelement-de-rue/

Et puis aussi Morpheen, l’illustratrice principale du magazine Causette :
http://morpheen.canalblog.com/archives/2014/06/03/30000617.html

Tout cela est formidable. Il manque néanmoins des témoignage sur le harcèlement de rue quand tu es en vélo.
Mes copines cyclistes sauront de quoi je parle direct mais je vais quand même expliquer un peu comment ça se passe pour les autres.

Tu es en vélo, tu as une jupe, tu pédales et des mecs se penchent avec le regard graveleux pour voir… voir quoi ? Hein ?
Ben ta culotte !! Enfin, je suppose…
Et ça ne se passe pas qu’en été quand les filles sont sensées être court vêtues ou quoi. Ça se passe en gros DES QUE TU NE PORTES PAS DE PANTALON ! Les harceleurs de rue ne sont pas sensibles aux saisons.

Y a des filles qui ont un truc marrant pour être tranquilles et rassurées quand elles sont en vélo et en jupe :
http://www.huffingtonpost.com/2014/07/09/keep-your-skirt-down-on-bike-ride-free_n_5570419.html

OK les filles, vous êtes toutes mignonnes, c’est sympa.
Mais pourquoi serait-ce à nous, les bikeuses, de faire en sorte de ne pas attirer les regards ? Je ne vois pas bien l’idée là… Qui a un problème quand une fille fait du vélo en jupe exactement ? La fille ou le gars qui se tord le cou comme un con pour espérer apercevoir quoi ??? Une pauvre culotte ? Nan mais ho mec, t’en vois jamais des culottes ? Tu sais pas que tu peux en voir plein dans les magasins ou sur le catalogue de la Redoute ? Ou peut-être que tu appartiens àla police de la culotte et tu es payé pour vérifier si on en porte bien ??? Ou peut-être crois-tu que je vais trouver ça chouette et original comme technique d’approche ?

Mais sans dec, pour qui tu te prends mec ? Est-ce que moi je vérifie si tu as une boule qui sort quand tu portes des caleçons ?

Y a une chanteuse qui ne chantera pas sur les harceleurs de rue, je respecte et j’adore sa chanson :
http://www.dailymotion.com/video/x20nr1a_garance-jour-de-poisse_music

Mais moi, je vais être sympa et j’espère que ça va contenter les pauvres gars frustrés qui se tapent des torticolis… je leur offre un bouquet de mes culottes :


Voilà pour la générosité, y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, toutes les matières, c’est simple, ça coûte rien et maintenant tu fais plus chier les bikeuses en jupe (ou en short, c’est pareil). OK mec ?

Les filles, si ce magnifique bouquet ne calme pas les crétins frustrés, ce dont je doute, voici mes conseils et mes expériences face à ce genre de harcèlement…

D’abord, je ne pense jamais à m’habiller en fonction des emmerdeurs potentiels. Je fais du vélo en talons, en tongs, en mini-jupe, les cuisses en liberté et si on aperçoit ma culotte ou mes bourrelets ben franchement le monde ne s’écroulera pas. Le confort, l’envie, les besoins et la météo guident mes choix, je refuse de penser à l’éventuel connard que je vais croiser.

Ensuite,  sachez que j’ai la carrure d’un moineau donc, en situation de harcèlement, j’essaie d’évaluer très vite les dangers. Il faut être bien consciente de ce qu’on va pouvoir faire : est-ce que je peux jurer comme une charretière, trouver la remarque la plus castratrice ever (on nous cherche sur le terrain de la sexualité oui ou non ? Ce terrain nous appartient aussi et je vous jure que souvent c’est TRÈS facile de rabaisser un mec là-dessus), est-ce que je ferai mieux de fermer ma gueule et de filer en pensant que la prochaine fois on fera mieux (parfois vaut mieux…) ?

Quelques situations pratiques :

1. Tu es emmerdées par un piéton : tu lui demandes s’il ne voit donc JAMAIS de culotte pour se pencher à ce point, tu peux lui parler de son éventuelle testicule qui dépasse de son calebute puis TU PÉDALES PLUS VITE QUE JAMAIS. Le vélo a cet avantage de te faire avancer vite non ?
Reste vigilante face à la circulation, faudrait pas que tu te fasses renverser à cause de ce sinistre gueux. Mais j’ai confiance : on sait se dépasser pour se sauver et nos réflexes décuplent.
Ça m’est arrivée de m’arrêter carrément et de demander au gars ce qu’il voulait voir au juste – les yeux dans les yeux.La honte sur le gars, le bonheur sur moi.

2. Tu te fais emmerder par un mec en voiture : action-réaction (je suis pour l’insulte, perso) ensuite tu t’enfuis en pédalant direct sur un trottoir, vers un sens interdit. Héhéhé, c’est pas bien mais le conducteur ne pourra pas te suivre et c’est toujours mieux que de harceler une cycliste dans la rue.

3. Tu te fais insulter par toute une bande. Là, c’est plus chaud, je te renvoie aux 3 liens du début et je rajouterai ceci : TU HURLES. Le cri de film d’horreur, si tu arrives à le sortir, c’est quand même un truc génial pour attirer l’attention dans la rue, pour faire fuir les gars qui vont s’imaginer être arrêtés pour viol, pour leur mettre la honte… testé et approuvé in situ (carrure de moineau – soprano léger – mais crier m’a déjà sauvée).

La honte doit changer de camp. Qu’on se le dise.

 

Mes 17 ans

Mes 17 ans

Le cinquième prix du concours des articles féministes revient au texte de Marianne de Malakoff : Mes 17 ans.

 

 

L’été de mes 17 ans, je suis entrée chez un voisin. Il m’a enfermée et violée.

J’ai mis plusieurs semaines à en parler à quelqu’un. Ce quelqu’un fut d’abord une copine de Lycée que je

retrouvais le jour de la rentrée et qui démunie ne put que me conseiller d’en parler à mes parents et se montrer

très choquée par le fait que je ne puisse et ne veule pas le faire .

D’abord murée dans la peur, la honte, et  la culpabilité, (j‘étais entrée chez lui de mon propre gré) c’est la terreur

grandissante provoquée par la proximité de cet homme du voisinage, qui devenue insupportable, m’a poussée

aux premiers jours d’automne à en parler à mes parents.

Parmi toutes leurs réactions, deux phrases me sont restées, intactes, dans les oreilles jusqu’à aujourd’hui.

Ma mère m’a dit : « Si tu crois que c’est facile de réaliser que sa propre fille est une pute»

Mon père m’a dit : « Tu vois je t ‘avais bien dit, chez nous en Algérie, les filles ne sortaient pas, c’est pas pour

rien. »

C’est une période de ma vie où à l’exception notable d’un médecin de campagne venue me faire une piqure

d’anxiolytique, jamais personne de ma famille ni de mes proches, n’a eu pour moi le moindre geste de tendresse

et de réconfort.

Ces réactions parentales, totalement inadmissibles ne furent que le point d’orgue d’une enfance totalement

laissée à l’abandon, livrée à la solitude, et durant laquelle j’ai été comme beaucoup de petites filles, dressée à

accepter l’inacceptable et à considérer le désir masculin comme seul faisant loi, loi absolue, à laquelle devait se

plier le reste de la famille et surtout les femmes.

Dans ce cadre familial, énoncer le moindre désir et surtout le moindre désir différent de celui du mâle de la

famille était perçu, notamment par ma mère et m’était renvoyée par elle comme un abus grave de ma part. Avoir

une opinion différente de la sienne d’abord et de l’homme ensuite était perçue par elle comme une insulte et un

danger.

Un exemple grossier de mon enfance fut la polygamie de mon grand-père maternel, acceptée, justifiée et

défendue même par ma propre mère comme rentrant dans la logique de vie « normal » d’un homme « dans la

pleine force de l’âge » (il avait 50 ans) et qui n’avait pas à « sacrifier sa vie » devant la sclérose en plaque

invalidante de sa femme, ma grand-mère, et qui pour ne pas « sacrifier sa vie » pris une seconde compagne sous

son propre toit, ma grand-mère due durant ses dernières années accepter cette femme et les enfants allant avec.

(Je précise que ce grand- père était un bon français de souche, catholique fervent et petit notable de province.)

Bel exemple, où la femme, perdant en même temps que sa validité physique, son statut de sujet, désirable, n’a

plus aucun droit au respect et à l’intégrité basique de son intimité dans le cadre familial. Elle n’était donc en

réalité qu’un objet sexuel ou d’apparat social.

Outre ce fait là, et de nombreux autres de mon enfance que je relate dans mon livre « Le prix du bleu, chronique

d’une enfance »,  maintenant que plus de 20 ans après ce viol, l’été de mes 17 ans et ces phrases de mes parents,

je suis partiellement reconstruite, que mes fondations sont restaurées, ces deux phrases  prononcées par les deux

être qui auraient du incarner pour moi l’amour, la protection absolue et inconditionnelle illustrent et symbolisent

aujourd’hui pour moi à la perfection, la position majoritaire de la société face aux femmes subissant des viols ou

plus largement de l’abus physique, psychique, sexuel.

Cette position est que c’est d’abord la volonté d’emprise et la pulsion de l’homme qui importe et qu’il faut la

contenter coûte que coûte. La femme ne peut pas être désirante et sujet mais seulement objet et par cette

« désirabilité » imposée et forcée, elle devient la responsable de l’abus éventuel généré par la pulsion de l’autre,

qu’elle subit.

D’abord regardons la phrase de ma mère me disant : « Si tu crois que c’est facile de réaliser que ma propre fille

est une pute ? ».

Dans la parole de ma mère m’attribuant à moi, sa fille adolescente, violée, le statut de pute, c’était d’abord

remettre totalement en question ma position de victime et remettre en question la position de criminel de

l’homme violeur, c’était trouver un moyen de justifier l’injustifiable, et de rendre légitime la toute puissance

masculine en me renvoyant au rang d’une possible partie prenante et bénéficiaire pécuniaire de la situation.

Bien-sûr aujourd’hui, je vois aussi dans les propos de ma mère l’insulte et le mépris pour «  la pute », la

prostituée qui bien-sûr dans ce propos n’est alors pas elle aussi une victime mais juste la personne portant le

poids moral et la responsabilité de l’abus. En fait ma mère me dit : « Tu es responsable, mais plus que ça : tu es

fautive.»

Ma mère me parle, dans une confusion terrible et un anéantissement de mon individualité, de son honneur

bafouée de mère d’une fille qui a fauté moralement en étant «  une pute ». Horrible retournement de situation

faisant de la victime un responsable et des proches, des victimes collatérales.

Quelle différence alors entre la position de ma mère et celle de juges saoudiens ou yéménites condamnant une

femme violée donc victime, en la promulguant au rang de bourreau et dans un abominable retournement de la

situation, la rendant responsable de l’acte que bien-sûr elle a subi : son viol. La différence c’est que ma mère

n’avait pas le pouvoir de me faire administrer 100 coups de fouet. Elle n’avait que le pouvoir de m’insulter

bassement et de me rendre théoriquement et dans sa parole de mère, responsable de ce que j’avais subi.

La différence, c’est que l’absence de lien filial et de solidarité familiale, féminine mère-fille ou juste humaine

fait surgir une violence dans cette relation mère-fille assez inédite dans notre société, mais cette haine provient

de la même racine : la toute puissance masculine doit toujours être disculpée. La volonté pulsionnelle de

l’homme a valeur absolue et dans cette conception cette volonté de l’homme n’est jamais coupable, seul celle de

la femme l’est. En toute circonstance la femme est tenue de s’y soumettre, d’y souscrire, de l’adouber, de

l’admirer. Et d’annihiler son désir propre.

On imagine aisément alors la haine et la peur de la perte de ce pouvoir, suscitées par une femme libre, désirante,

désirable, ayant des opinions, un savoir, un savoir faire, une liberté de choix,  une autonomie de choix…

Tout se passe comme si, pour certains l’homme ne pouvait obtenir de reconnaissance, de contentement

narcissique qu’au travers d’une domination toute puissante, d’une autorité et d’une puissance, fausses bien-sûr

puisque obtenue par la force, apte à lui procurer la sensation de sa propre toute puissance à l’extérieur, parce

qu’il en manque cruellement en réalité dans son intérieur, dans sa conscience, son estime de lui même.

Le dominateur est souvent quelqu’un qui se sent très faible dans son intérieur et qui cherche à masquer sa

faiblesse en contrôlant l’autre, l’extérieur, la femme donc, le plus souvent, en se payant son corps, en la violant,

en la voilant  et en lui renvoyant la responsabilité de ses propres pulsions dominatrices et destructrice.

En deuxième point, je voudrais examiner la phrase de mon père : « Tu vois chez nous en Algérie, les filles ne

sortaient pas ».

Avec cette phrase, mon père me dit : si tu ne te caches pas en restant chez toi, si tu ne te soustrais pas à l’homme

et à sa pulsion incontrôlable en restant chez toi, (mais ça pourrait être aussi en te voilant), si tu vas dans la

société telle que tu es, dans la société des hommes, alors tu es en danger. Et ce danger, tu en es l’unique

responsable. Le seul moyen de t’y soustraire est de te cacher, en restant chez toi. L’homme est incontrôlable,

irresponsable.

Quel est ce danger ? Toujours la volonté pulsionnelle masculine toute puissante, sans limite, incontrôlable,

indiscutable, qui peut être irresponsable et qui a le droit d’être sans morale, ne souffrant d’aucune possibilité de

contrôle, aucune possibilité d’opposition que celle de s’y soustraire volontairement en se cloitrant. En effet, cette

volonté masculine pulsionnelle et toute puissante ne se discutant pas par définition, c’est donc à la femme de la

gérer, de s’en protéger, de s’y soustraire, en se voilant, ou en restant chez elle, et si elle n’y parvient pas ou s’y

expose en étant juste libre de ses mouvements, elle est bien-entendu responsable de ce qui lui arrive.

Cette volonté masculine toute puissante, légitime tout acte pulsionnel y compris violent et empêche tout autre

forme d’entrée en relation entre hommes et femmes que sexuelle et relègue la femme uniquement au rang

d’objet sexuel, de proie.

Mais l’homme lui aussi, est insulté dans cette position car promu au rang de prédateur sexuel sans cerveau,

uniquement mu par ses pulsions, relégué au rang d’animal, d’irresponsable.

C’est ce que me dit mon père dans cette phrase : tu es responsable du fait d’avoir été violée.

Pour finir le « chez nous » (mon père est un Pied-Noir) dont mon père m’exclut primairement montre bien que

lui et moi, nous « n’habitons pas » la même  conception psychique des relations, je suis exclue de ses terres, de

sa conception de la toute puissance masculine.

Ce qui est sûr pour moi aujourd’hui, c’est qu’une telle conception des relations en terme de dominant, dominé

est très archaïque, animale, et aussi insultante pour l’homme que pour la femme et ne nous révèle pas en tant

qu’être humain dans notre plénitude puisque ne nous situant qu’en tant qu’êtres sexués et sexuels. Ce rapport

dominant-dominé porté aux nues aujourd’hui jusque dans le cinéma et la littérature de masse fait de nous des

êtres amputés, mâles comme femelles d’une partie de notre richesse, de notre humanité. Ne sommes nous pas

d’abord des êtres humains entrant en relation sur de multiples plans incluant bien-sûr celui de la sexualité,  plutôt

que des êtres humains mâles ou femelles ne pouvant entrer en relation qu’au travers de la sexualité ?

J’ai mis 20 ans à me reconstruire, d’abord de cette enfance nourrie de culpabilisation, culpabilité d’être une fille

avec des désirs, des opinions propres puis une femme vivante, désirante et sujet et non pas objet, puis de ce viol,

cette confiscation de mon corps, de cette privation dans ma chair, de mon choix, de mon libre arbitre, de cette

négation de mon désir dans mon être.

Aujourd’hui je suis maman et maman d’une petite fille. J’ai été cette jeune fille violée mais je ne suis pas une

« mère violée », je suis une mère portant la responsabilité d’une expérience à transmettre à une autre future

femme qui n’a pas et n’aura pas la même histoire que moi mais qui doit connaître la mienne. Je porte surtout la

responsabilité de lui apprendre le respect et la fierté de ses propres désirs, de ses propres choix et opinions et de

son corps.

Nous sommes tous des êtres désirants, hommes comme femmes, le désir d’un homme n’a pas plus, pas moins de

valeur que celui d’une femme, quand nous serons capable d’élever nos enfants dans le respect de cette équité,

une grand, très grand pas sera fait pour l’humain.

PS : le 29 janvier 1993, l’avant veille de mes 20 ans, ce violeur a été condamné à 8 ans de prison.

Marianne de Malakoff

21/02/2015

Comment devient-on féministe ? Hommage à quelques compagnes de lutte

Comment devient-on féministe ? Hommage à quelques compagnes de lutte

Voici le quatrième prix de notre concours d’écriture féministe, organisé par Osez le féminisme 92 ! dans le cadre du 8 mars, journée internationale de défense des droits des femmes :

 

Comment devient-on féministe ? Hommage à quelques compagnes de lutte

04/03/2015 · par Héloïse Duché · dans Anti-sexisme, Politique

« Dis maman, depuis quand je suis féministe ?
– Oh… Depuis que tu sais parler. Même si on n’utilisait pas le mot. Je me demande d’où tu as sorti ça. »
Il m’a fallu un peu plus de temps pour me qualifier de féministe. Quand j’ai découvert ce mot, aux alentours des années collège, il me semble s’être imposé à moi comme une évidence. Féministe, un mot pour mes colères de femme, et j’ai construit cette identité qui ne m’a pas quittée depuis. Je dois cela à des centaines d’heures de discussions, à des luttes, et à des lectures. Puis à mes propres recherches, mon parcours de militante et de chercheuse. Le féminisme est autant une pratique qu’un savoir. Un jour, on s’aperçoit qu’il fait partie de notre identité, qu’il nous a façonnées.

Il y a autant de processus pour « devenir » féministe qu’il y a de féministes. Souvenons-nous de Simone de Beauvoir, qui ne s’était jamais posé la question de la domination masculine avant d’aborder une recherche sur les femmes et de publier, à 40 ans passés, Le Deuxième sexe, texte fondateur. “Je m’étais mise à regarder les femmes d’un oeil neuf et j’allais de surprise en surprise. C’est étrange et c’est stimulant de découvrir soudain, un aspect du monde qui crève les yeux et qu’on ne voyait pas.”, écrivait la philosophe en 1963, dans La Force des choses.

J’ai rencontré au fil des ans des féministes qui s’ignorent, tout autant que des personnes pour qui se définir ainsi fut un long chemin, parfois semé de violences sexistes. C’est aussi pour elles que le collectif Stop Harcèlement de Rue est né. Là, peu importe comment les personnes se qualifient, elles sont les bienvenues à nos côtés. Ainsi, depuis février dernier, j’ai côtoyé des parcours différents, qui s’entrecroisent et se nourrissent les uns les autres. Comment ces femmes sont devenues féministes ?

ClaireStopHDR

Dans mon panthéon personnel, il y a des féministes du 21ème siècle, comme Virginie Despentes. Cette auteure est un souffle d’air frais sur un mouvement prompt à se diviser qui, comme tout mouvement, est parfois excluant. Virginie Despentes, qui nous dit qu’on peut prendre le contrôle de nos vies, qui utilise des gros mots, qui nous invite à choisir… Pour Claire, qui se sentait féministe tout en ne se retrouvant dans aucun des courants qu’elle voyait autour d’elle dans les associations, Despentes fut une révélation. Son livre, King Kong théorie, mettait les mots sur ce qu’elle pensait sans l’exprimer. Et voilà Claire, qui peut enfin se qualifier de féministe sans y ajouter un « mais », qui devient une des animatrices de Stop Harcèlement de Rue, parce que «  on accueille tout le monde, on débat mais on ne tranche pas s’il n’y a pas lieu, on agit ». Devenir féministe… Pour trouver une famille de pensée.

 

EllaStopHDR

Dans mon panthéon vivant il y a aussi Clémentine Autain. Après avoir bu ses écrits, je me suis mis à ne pas toujours être d’accord. Donc on peut dire qu’elle m’a aidée à grandir. Je retiens une leçon de ses interventions dans le féminisme, assez récente finalement. En 2012, quand Clémentine Autain a lancé le manifeste contre le viol «  Je déclare avoir été violée », elle a raconté comment son viol l’avait amenée au féminisme. Politiser la violence, la considérer comme un système à combattre collectivement, c’est un parcours que je retrouve souvent chez les féministes. Je pense à Ella, toute jeune, que j’ai rencontrée à une réunion de Stop harcèlement de rue. Féministe ? Oui mais, enfin je ne sais pas trop. Ella venait de témoigner, dans le blog La Guerre invisible, des violences sexistes dont elle a été victime dans un lycée militaire. Elle a discuté avec nous, je pense aussi qu’elle a beaucoup lu. Et il y a 4 mois, à une réunion d’accueil des nouveaux membres du collectif, elle a demandé à prendre la parole : « Je suis ici parce que je suis féministe ». Désormais Ella écrit un blog, se pose la question du corps des femmes et de son instrumentalisation. Elle ne se dit plus traumatisée par les violences dont elle a été victime. Devenir féministe… Pour ne plus être seule avec sa douleur et s’inscrire dans un combat collectif.

 

LoéStopHDR

Il y a aussi des femmes qui s’engagent pour des droits, sans se dire féministes, et qui s’aperçoivent devant la violence des défenseurs du patriarcat, que c’est tout un système qui est à combattre. Loé m’a contactée en décembre 2014 pour discuter de parité dans son parti politique. Elle a monté, avec une équipe, une campagne innovante pour inciter les femmes à se présenter aux élections internes du parti. Ce fut un succès, repris dans la presse. Pour elle, c’était « normal », pas vraiment une démarche féministe. Quelle ne fut pas sa surprise de se voir attaquée très violemment sur les réseaux sociaux par des membres de son parti ! La campagne fut dénigrée, minimisée, Loé a subi des insultes, une violence psychologique et symbolique importante. Évidemment elle était accusée d’être ambitieuse, d’avoir monté cette campagne pour se faire élire elle-même, etc. Bien que ce soit tout à fait incohérent, étant donné qu’elle incitait des concurrentes à se présenter. Le paroxysme fut atteint lorsqu’elle fut la seule à se présenter contre 8 hommes (les autres postes, paritaires, avaient des listes de candidats séparées selon le sexe). Elle choisissait la difficulté mais fut pourtant taxée d’avoir magouillé. Tous les stéréotypes de la (jeune) femme qui fait de la politique y sont passés lamentablement. Loé s’est aperçu que ce n’était pas « normal » pour tout le monde, loin de là. Quand en face il y a une idéologie ancrée, qui utilise tous les moyens pour s’imposer, la nécessité de s’organiser apparaît comme une évidence. Devenir féministe… pour être plus forte.

Ce ne sont que quelques exemples en forme d’hommage aux amies rencontrées depuis la dernière journée internationale des droits des femmes, à quelques jours du nouveau 8 mars. Des exemples pour montrer la diversité des parcours, l’importance de ce mot, l’influence qu’il a sur nos vies. Mais toujours, au cœur du processus, la conscience de la violence du système patriarcal. Pourquoi les femmes s’engagent ? Quelles luttes choisissent-elles et pourquoi ? Comment en viennent-elles à se définir comme féministe, à vivre cette pratique et à développer des savoirs sur la question ? Des questions à traiter pour montrer la richesse du féminisme, pour comprendre pourquoi il est une force dans nos vies.

Et pour se rappeler : être féministe, c’est une chance que nous construisons !

Revenir en femme, toujours ; troisième prix ex-æquo du concours d’articles féministes 2015

Revenir en femme, toujours ; troisième prix ex-æquo du concours d’articles féministes 2015

Nous vous présentons le troisième prix ex-æquo de notre concours d’écriture d’articles féministes, organisé par osez le féminisme 92 ! dans le cadre du 8 mars, journée internationale de défense des droits des femmes :

Revenir en femme, toujours

d’Isabelle Cottet Gizolme

Je ne sais plus trop depuis combien de temps je suis ici. Je ne saurai pas dire. D’ailleurs quelle importance, les jours

se ressemblent un peu. Et puis je perds sans doute un peu la tête. C’est l’âge.

Vivre dans cette maison ça a des avantages quand même, ça faut bien le reconnaître.

Je ne fais plus à manger, ni le ménage, on me sert.

Les gens sont gentils, ils vous saluent toute la journée.

Si je veux faire quelque chose, souvent elles me disent « vous avez assez travaillé non ? Reposez-vous

maintenant! ».

C’est vrai que j’ai travaillé. Travaillé dur. Et puis la maison à tenir c’est du boulot. Les gosses aussi. J’étais souvent

seule, comme beaucoup de femmes vous me direz. C’est vrai.

Alors maintenant je me repose. D’ailleurs ici y’a pas beaucoup d’hommes. On est entre femmes. Entre vieilles.

Quelle ironie.

Même le personnel c’est des femmes. Elles travaillent dur aussi. Elles ont leur maison et leurs enfants à s’occuper.

Je les plains. Elles ont le sourire pourtant. Je les aime, elles sont courageuses, elles sont belles.

Elles me parlent, elles me font des confidences. Elles aiment, elles doutent.

Etre vieille finalement quelle belle place. Moi qui avait peur et qui me ruinait en crème. Quelle erreur !

Moi qui avais peur de tout, je n’ai plus peur aujourd’hui. Je dis ce que je pense. On m’écoute. J’ai une place.

J’étais comme elle. Les enfants à élever, le travail, pas beaucoup d’argent, la débrouille.

Je leur raconte. Elles rient. Elles disent que les choses n’ont pas changé, qu’aujourd’hui c’est pire.

Et puis il y a cette petite qui ne parle pas bien le français. Elle est gentille. Ce doit être dur.

Les femmes. La place des femmes.

On pourrait sans doute faire mieux. On devrait faire mieux.

Progresser.

Qu’on ne me parle pas de la machine à laver bon sang ! Faut être bien bête pour en faire un progrès.

Alors je rêve. Je rêve d’égalité, de partage, de justice. Le progrès, le vrai progrès!

Gagner moins que son mari. S’occuper de la maison. S’occuper des enfants. Mettre la carrière entre parenthèse

parce que la nourrice c’est trop cher. Gagner une misère à la retraite.

Ne pas dire. Ne pas dire qu’on ne veut pas ce quatrième gosse qui vous tombe dessus. On l’aime bien sûr mais si on

avait pu choisir.

Ne pas dire qu’on n’a pas envie parce que votre mari il insiste. Quand c’est pas votre patron !

Se laisser faire quoi.

Se laisser faire par la vie.

Mais je rêve que je résiste. Que je monte sur les barricades !

Elles rigolent les filles. Je les fais rire, c’est pour ça qu’elles m’aiment bien.

Je les aime aussi.

Ca me peine quand elles me disent que rien n’a changé. J’ai pas envie de les croire.

Rêver seule ça me console.

Mais je voudrais rêver à plusieurs.

Je voudrais que les hommes rêvent aussi. Pour nous, pour elles, pour nos enfants.

Quand je mourrai je veux pouvoir revenir. Revenir en femme, toujours.

Isabelle Cottet Gizolme

Mots pour ces femmes

 

Je suis cette algérienne qui a dévoué sa vie à son mari et à l’éducation de ses enfants. Celui-ci m’ a toujours interdit de travailler et de m’instruire.

Aujourd’hui veuve, je suis sans emploi et je parle à peine le français.

 

Je suis cette saoudienne, cette iranienne, cette afghane, cette irakienne c’est simple, je n’ai aucun droit. Ma vie est dirigée par les hommes de ma famille. Seule mon voile et ma tombe m’appartiennent. Les larmes qui coulent sous mon voile lourd se transforment en rage car je veux découvrir cette liberté que je n’ai jamais goûté. Si je me révolte je serai lapidée sur la place publique. Je rêve de l’effleurer du bout de mes doigts plutôt que de me l’imaginer, cette liberté. Elle est dans tous mes rêves, je l’imagine belle, colorée, douce, immense, infiniment envoutante, rationnelle et droite. Ma vie est un cauchemar. Mais personne ne se préoccupe de moi, je suis invisible, derrière mon mari dans la rue, sous ma burkha, que l’on m’a imposée dès mon dixième anniversaire. L’islam ne l’oblige pas mais certains hommes en ont décidé autrement.

 

Je suis cette somalienne, cette malienne, cette égyptienne souffrant à chaque grossesse car excisée. Mais l’excision est un sujet tabou donc je ne sais pas pour quelles raisons on m’a tirée de force dans cette grotte sombre, j’avais 4 ans. Cinq femmes étaient présentes: deux par jambes pour les maintenir écartées, une par épaule pour ne pas que mon torse puisse bouger et cette vieille femme munie d’une torche et de cette lame, objet de torture pour moi, objet de triomphe pour elle. Sans un mot elle a ôté cet organe de mon corps. Le sang a jailli sur son visage sans que cela ne la fasse sursauter. Les femmes ont poussé des cris de joie. J’ai hurlé, paniqué, la douleur m’a paralysée. Je n’ai encore jamais compris pour quelles raisons elles étaient heureuses. Maman m’a dit:  » c’est la tradition nous nous devons de la suivre. Tous nos ancêtres ont été excisée, c’est pour notre bien. C’est notre devoir, il en va de notre réputation. Tu trouveras un mari et n’auras jamais envie de courir après les hommes »  On veut aujourd’hui que ma fille subisse le même sort….Liberté vient la sauver!

 

Je suis cette pakistanaise, je suis née il y a douze ans, mon mariage est programmé, arrangé et financé depuis ma naissance. Je suis promise donc interdite de désirer ou d’aimer. Une vie différente de celle que l’on m’a proposée n’est pas envisageable, je n’ai pas d’autres options que l’homme que l’on m’a choisie. Je ne peux pas fuir, une femme ne peut vivre seule dans mon pays.

 

Je suis cette jordanienne, j’ai été violée. Pour échapper à une peine de prison mon violeur peut me faire signer un contrat de mariage, c’est prévu par la loi afin de le protéger!  Dans quel monde vit-on?

 

J’étais cette indienne, mes parents souhaitaient un garçon… Ils ont trouvé plus simple de me jeter au fond d’un trou. Je n’aurai pas la chance de vivre.

 

Je suis cette femme immigrante issue des minorités visibles vivant en Occident. Je suis diplômée mais on me propose systématiquement les postes les plus précaires.

 

Je suis cette féministe engagée incomprise car lesbienne et frustrée de la vie. On pense que j’ai une haine profonde pour les hommes et que je veux les contrôler. On me rappelle que les femmes n’ont plus besoin de se battre, que le féminisme est mort et qu’il n’y a plus de combats à mener. Quelle société hypocrite! Sous prétexte que les femmes peuvent jouir des mêmes droits que les hommes ( en théorie) le combat serait terminé ?

Qu’en est-il des écarts de salaire, de la violence conjugual, de la non-représentation des femmes en politique et dans les postes à responsabilité entre autres?

Oui les lois sur la parité existent mais elles n’ont pour but que de donner un cadre à ce qui ne sera jamais respecté dans la pratique.

Toujours cette domination des hommes sur les femmes à tous les niveaux! Les experts sur les plateaux télés sont des hommes, les femmes dans les manuels scolaires sont représentées comme étant douces dociles faisant le ménage tandis que leur mari sont représentés travaillant, dynamique… Quelle société hypocrite!

 

Je suis cette adolescente tranquille. L’actualité cinématographique fait l’éloge du film 50 nuances de Grey alors je suis allée le voir et j’ai intégré de fausses représentations de l’acte sexuel. Ce film, qui fait l’apologie de la soumission de Grey, riche chef d’entreprise sur Anastacia, une jeune étudiante n’aurait jamais eu autand de succès si Grey était une femme et, donc si les rôles inversés!

 

Quelle société hypocrite! Dans quel monde vit-on?

 

Mots pour ces femmes, Marina Sylla

Marina Sylla

Religion

Fou poison

 

Nos cerveaux endormis

Sont gavés sans répits.

« Sauver l’humanité

De ses vilains pêchers » ?

Danser, rire, critiquer…

Deviennent blasphèmes hués !

 

La Raison

Se morfond

 

Darwin mis à la ruine.

La misère, elle prospère.

Femmes toujours prisonnières

Des mâles réactionnaires.

Religion égale guerre

Au moindre pas de travers !

 

Espérons

Solutions

 

La vie humaine en fête

Plus sacrée que prophètes !

Religion sans passion

Libr’-pensée sans pressions.

L’esprit critique renaît

Les peuples connaissent la paix.

 

Ni curés, Ni imams,

Enfin libres d’êtres femmes !

 

Flotdemots, janvier 2015

 

Une Erreur qui répand la Terreur

Curés, imams, rabbins haïssent le féminin.
Pour les théologiens, être femme vaut moins que rien.
Barbus incontestés, leurs discours sont alliés
De tous les mecs ratés qui veulent nous aliéner.

Ils trafiquent par millions la prostitution
Et jouissent sans façon de notre dégradation.
Ils veulent qu’on cache notre peau et consomment la porno.
Ils exigent qu’on soit « pures » mais nous couvrent de souillures.
La vie sous les phallo, c’est loin d’être rigolo.
Leur règne est imposture, détrônons ces ordures !

Curés, rabbins, imams outragent nos vies de femmes !
Les plus réac proclament que nous n’avons pas d’âme.
Une couille dans le cerveau, que c’est sot d’être macho.
Deux couilles dans l’ciboulot, c’est la foire aux fachos !
Leur Livre est un scandale car il soutient les mâles
Dans le viol marital, la violence conjugale,
Viol-incestes à la pelle et pédocriminels,
Mariages forcés s’y mêlent, esclavage sans appel.
Honte à ces hypocrites qui n’ pensent qu’avec leur bite.
Qu’ils bouffent leurs bites, mitres, rites et Livres rongés aux mites.

Curés, rabbins, imams, marre de leur haine des femmes.
Naître femme, pour ces fêlés, c’est déjà blasphémer.
Plus aucun état d’âme, destituons l’infâme !
Ensemble, femmes révoltées, hommes de bonne volonté,
Dénonçons le machisme de tous les intégrismes.
Prévenons les séismes, Halte à tout extrémisme !

Tous les prédicateurs sont des bonimenteurs :
Clergés, prophètes, menteurs, fin manipulateurs…
Gardons ces imposteurs dans notre collimateur.
Dieu, Terreur et Erreur, l’homme en est l’inventeur !

Flotdemots, janvier 2015

 

Pour la diction, les rimes sont écrites avec un rythme de « langage parlé

rapide » : les « e » muets de fin de mots ne sont pas prononcés.

 

Laïcité douce liberté

 

Laïcité

Assassinée ?

 

Autocensure ou meurtrissures ?

Esprit libre n’est plus que blessure.

L’islamisme doit être combattu

Comme tout extrémisme qui nous tue.

Terrorisme à coups de canons,

Vieux démon nous te disons « Non ! »

 

Obscurité

Femmes en danger !

 

Asservissement féminin

Pour ériger le masculin.

Marre des images qui nous dégradent

Pour complaire aux pervers, mâles crades :

Ils nous mettent sous voile ou à poils,

Nous résistons jusqu’à la moelle !

 

Laïcité

Femmes libérées

 

Femmes outragées, martyrisées,

Mais Femmes de tous temps révoltées !

« Amazones, mécréantes, sorcières »,

Femmes qui luttent pour être libres et fières.

« Kinder, Kirche, Küche » fini

Esclavage enfin aboli.

 

Laïcité

J’écris ton nom

 

Ton synonyme est  LIBERTÉ.

Divorce, avortement, santé

Et homosexualité,

Sans toi, nos droits sont sabotés.

Leurs dieux on n’en veut pas au pieu,

Ni même pour couvrir nos cheveux !

 

Laïcité

Douce liberté

 

Religion est affaire privée,

Être athée est autorisé.

École publique sans religion

Pour grandir dans la réflexion.

La misogynie en déroute,

Espace public pour tous et toutes !

 

Laïcité, Démocratie,

Défendons-les sans compromis !

« Pas d’amalgame » ?

 

Voilà qu’ils clament

Sur toutes les gammes

« Pas d’amalgame »

Comme une seule âme.

 

Dès qu’tu prononces

Le mot « islam »,

Sur toi on fonce :

« Pas d’amalgame » !

 

Prosélytisme ?

Intolérances ?

Antisémitisme ?

Charia démence ?

« Pas d’amalgame » !

Obscure programme,

Réponse à tout,

Drôle de fourre-tout.

 

Les biens pensants

Disent en rampant

« Faut pas parler

Des islamistes.

Peur d’être traité

Comme un raciste. »

 

Incantation

Sur tous les tons

Pour nous faire taire

Sans grandes manières.

 

***

 

« Pas d’amalgame » !

Ce nouveau slam

Dont ils se pâment.

LES MÊMES qui clament

Tant d’amalgames

Si bas de gamme

En lançant des pics

Sur les laïques :

 

« Laïcard » puis

« Islamophobe »

Et pire « raciste ».

Halte à la suie

Laïquophobe !

Pro-islamistes

Naïfs ou fiers

Vos raccourcis

Simples d’esprits

Mènent à la guerre.

 

Encourager

À insulter

Les défenseurs

D’la laïcité,

Derrière y-a des

Fins connaisseurs

Pour liquider

Toute liberté !

 

***

 

« Pas d’amalgame »,

La voilà leur

Réponse aux drames.

Et mon cœur pleure.

 

Tour de passe-passe,

Y-a plus d’ bourreaux

Juste Le Complot.

Victimes trépassent :

« Amalgamer

Liberté et

Laïcité » …

« L’avaient cherché » !

 

Lâches intellos

Devant fachos

Saluent bien bas.

Croient-ils vraiment

Qu’en déroulant

Le tapis à

L’obscurantisme

Ils vont lutter

Contre les racismes

Et préjugés ?

 

***

 

Mais l’amalgame

Je vous le dis

Est dans la tête

De celui qui

Crie à tue-tête

« Pas d’amalgame ».

 

Arrêtons la course à la victimisation.

Pour contrer l’islamisme, préférons réflexion.

Chacune naît toute nue, la tête sans voile cousu !

L’interdire à l’école n’est donc pas un abus.

Confondre « arabe » et croyant musulman,

Cela est du racisme, tout comme l’assimiler

avec femme voilée. Car non, voile n’est pas « race ».

Croire ou pas est un choix. Religion n’est pas « race ».

Critique des religions ne critique pas croyants.

Islam n’est pas religion de la pauvreté,

Ni des discriminés. Chers gauchistes-islamiques

Allez vous faire …. votre propre idée dans l’Golfe Persique.

En sciences, n’a aucun sens le concept âcre de « race ».

Pour prévenir pogroms, il faut bien l’expliquer.

Dans la laïcité, toute croyance a place

Tant qu’elle reste à sa place dans le domaine privé.

 

***

 

Laïcité

Pour la Cité

La religion

Est sphère privée

Pour que Raison

Fasse société

 

Partout contrer

Tyrans de Dieu

Et informer

D’leurs crimes odieux.

 

Haines qui s’enflamment

Voilà des drames

Que je proclame

Vraiment infâmes.

 

« Pas d’amalgame » ?

Moi je réplique

A ces fumistes

Révolte des femmes

Prenons les piques

« PAS D’INTÉGRISTES » !

 

Liberté, toujours écrire ton nom !

Sur les cheveux ondoyants

Sur les sourires chatoyants

Avec le cœur flamboyant

Sur les journaux clairvoyants

LIBERTÉ J’ÉCRIS TON NOM

Sur les temples de la soumission

Sur les tapis de génuflexion

Sur les barbes

Sur les sabres

LIBERTÉ JE TE DESSINE

Contre l’antisémitisme

Contre toute forme de racisme

Contre les nombreux fascismes

Contre l’éternel sexisme

LIBERTÉ JE CRIS TON NOM

Avec nos talents

Avec ou sans dents

Avec tout mon sang

Toujours espérant

LIBERTÉ JE TE COMPRENDS

Avec la paix maintenant

Avec la joie des enfants

Avec la laïcité

Et les filles droit de cité

MIXITÉ JE TE DÉFENDS

Avec la vraie égalité

Pour les femmes du monde entier

Les droits des femmes assurés

Et jamais plus pressurés

Et plus jamais réfutés

Dans le marbre par nous sculpté

Avec ciseaux affûtés

LIBERTÉ NOUS T’INSCRIVONS

Flotdemots, janvier 2015

Poèmes de Flotdemots

Une femme est étendue sur un banc dans un square.
Elle sommeille au soleil, jambes repliées, légèrement écartées.
Elle fait une pause, elle profite.
Arrêt sur image.
Ailleurs, un homme s’octroie le même répit ;
dans cet autre square, les yeux plissés par le même soleil.
Leurs postures se ressemblent farouchement.
Sur chacun d’eux, dans chaque square, un regard de passant se pose.
Le même ?
Une femme s’arrête sur le fessier moulé d’un garçon plus jeune qu’elle qui pénètre dans le métro.

Indécent, dites-vous : le regard ? la tenue ?

Ailleurs, un homme se tient debout, les doigts serrés autour de la barre du tramway.
Derrière cette femme, les portes se ferment.
Sa jupe est courte, son décolleté profond et ourlé de dentelle. Ses yeux à lui naviguent de l’un à l’autre.
Le wagon est peuplé, les passagers ont tout vu.
L’un des deux les indispose déjà…

Une dame grisonnante s’adresse à cette jeune femme qui pourrait être sa petite-fille.
Des mots tintent. Sa coupe de cheveux « manque d’allure », la fibre de ses vêtements dévoile la peau de son ventre, le dessus de son épaule, le dessin de sa hanche… « après, faudra pas s’étonner ».
Cet homme les entend.
A quelques mètres à peine, son torse est nu, luisant.
C’est le printemps et rien ne l’inquiète.
La vie continue.

Ce garçon en est certain, être une femme est sans conteste plus facile à vivre en société.
Cette jeune cadre s’offusque de ce quotidien ordinaire qui l’oblige chaque jour depuis son arrivée à prouver qu’elle est légitime ici ; dans cette entreprise où on la regarde comme une femme, où être cadre arrive après.

Ils ont seize ans, tous les deux. Elle, lui.
Pour l’un d’eux, ce sera quand même un peu jeune pour sortir si tard.
C’est samedi, il rapporte son linge à la maison comme chaque semaine. 25 ans le mois prochain…
Attendrissant ce jeune garçon pas encore prêt à quitter le nid.
S' »il » était « elle »? Ces regards. Ce sont les leurs peut-être, les vôtres aussi.
Les leurs glissent comme des évidences. Les nôtres ne font pas plus d’éclaboussures, il est rare qu’on les questionne.

C’est ainsi, ordinaire, rien qui ne mérite tellement de s’y attarder…
Une « norme », comme un plancher qui s’affaisse dans le sol meuble de l’opinion. Confortable, il s’enfonce centimètre par centimètre un peu plus profond.
Sans se rompre, sans plier, il ne fait pas vaciller ceux qui s’y reposent. Il s’enracine, on s’en aperçoit à peine. Peu à peu il devient ce sol qui sert de base à tout ce qu’on construira ensuite.
Doucement, sûrement. Facile à construire, plutôt bon marché. Ces matériaux dont on oublie souvent de vérifier la composition et à partir desquels se construisent des lotissements entiers de discrimi-maisons…

À vos pioches, n’est-il pas temps ?
Garçons, filles, grand-mères et pères de famille, vos petites mains seront-elles au rendez-vous… pour que de petits pieds grandissent sur un plancher plus sain ? Pascart Manon

Ordinaire

Numéro 1
« Mots de Femmes »

Juste quelques maux,
Juste quelques mots
Qui trouvent leur motivation
Dans l’incommodité de mes maux :
Mots lésés, et molestée,
Momifiée et maugréée
Par des non dits et des maudits
Par des mots dits non modifiables
Par ces mots friables qui font mes maux.
Mots immoraux et monotones,
Maux modelés, immolateurs,
Mots lestés, et émottée
Par l’immobilisme
De la primauté moderne
Des mots ternes, des grimauds.
De ces hommes, aux, mots
Monomaniaques et immodestes,
De ces moqueurs de mes mots roses,
De leur motrice sans émotion,
Où mes mots coeurs deviennent moroses,
Maussades et sales mots.
Pas de motion pour ces molosses,
Molasses, Homo lassés aux mots lacés :
Mon état d’Dame, en l’état damne et condamne
Votre Etat con-d’hommes sans états d’âme,
Avec juste, quelques maux,
Juste, ces, quelques mots…
DE FEMME.

 

Mathilde BOIS

Poème : Mots de femmes

P-r-INCE

 

La vérité, à mon sujet ?

Oublie les contes de fée…

Je ne suis pas la princesse

Empli du charmant rêve de tes caresses.

Dans la crasse de mes idéaux,

tu ne verras le tableau

de la patience-abnégation.

C’est là toute ma puissance,

Je me fous de tes absences,

Mes rencontres sont jouissances.

Je me contre fou de ta sexualité,

Et ne souhaite t’admirer

Le tout dans un mutuel respect.

Immanquable est ma vie,

Et il en va ainsi, de mes envies à l’infini…

M’asservir c’est en finir.

Tu ne peux me réduire.

Mais ensemble nous pouvons

nous réjouir… Jouir !

Et non sans compassion,

Care et empathie j’anéantie.

Je suis d’essence une compromission.

Mais cette essence n’a pas ta bassesse.

Elle est une continuelle prouesse,

Seul les P-r-RINCES elle blesse !

Et des hommes-princes

Mon cœur ne se pince.

De leur candeur je me rince.

Je leur préfère l’âpreté de l’essai

L’incertain doigté de l’altérité

La sublimation exaltée !

Claire C.

P-r-INCE

Lenore SANDERE, photo reçu pour le concours féministe 2015
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