Le week-end a mal commencé pour notre féminisme. Du genre il aurait bien voulu rester au lit, au chaud sous la couette, pour ne pas avoir à affronter les offensives de nos opposants à l’IVG. Parce que c’est un peu fatigant de devoir toujours répéter les mêmes arguments sensés face à des individus qui s’imaginent lutter pour le bien-être public. Alors que non. Mais alors pas du tout. Combien de fois devrons-nous soutenir, encore et encore, que nous veillons à garantir la liberté de chacun et chacune, à commencer par celle disposer de leur propre corps ? Vous savez, cette enveloppe qui n’appartient qu’à nous et non pas à l’Etat, à telle ou telle religion, ou aux « bonnes » moeurs. Je mets bien ce mot entre guillemets parce que ce week-end nous nous sommes trouvés à la limite de l’agression, on peut même dire que le respect est mort.
Oui notre week-end a été chargé dans notre bureau. Ma collègue, Eva Louis, a posté un message concernant la critique élogieuse de Charles Demassieux à propos un livre intitulé Adieu Simone par Gabrielle Cluzel. Je vous invite à lire son post ainsi que la critique de ce livre et bien sûr, pourquoi pas, le livre en lui-même, parce que d’une certaine façon ça vaut le détour. Dire que j’ai été furieuse en lisant la critique publiée sur le site « La riposte laïque » est un euphémisme. Dire que les féministes se font insulter dans cet article en est également un. C’est légèrement agacée (hum hum) que j’en ai fait part à Eva. Si vous qui nous suivez sur cette page êtes aussi concernés par les droits des femmes, alors vous comprendrez pourquoi. Et je n’ai pas été au bout de mes peines.
Vendredi, alors que je traînais sur Facebook, un article publié par le Huffington Post a éveillé ma curiosité. Quoi ? Des publicités anti IVG ont été publiées dans des magazines largement diffusés, à savoir Le Figaro, en France ? Qui a fait ça ? Qui a laissé faire ça ? Rembobinons un peu. Quelqu’un se rappelle d’une quelconque propagande pour l’IVG aussi grotesque que celle-ci qui est catégoriquement contre ? D’avance mea culpa si je me trompe mais je ne crois pas que nous ayons déjà eu recours à de tels moyens. Quand est-ce qu’on va laisser les gens mener leur vie comme ils l’entendent et dans le respect des uns et des autres ? Visiblement pas demain la veille.
Parce qu’en ce lundi 16 janvier 2017, voilà que les « pro vie » ont encore frappé. En affichant leur « publicité » (j’utilise beaucoup de guillemets parce que j’ai du mal à donner un terme exact à ces actions) dans les abris de bus. JCDecaux crie au piratage et nos délicieux « Survivants » se vantent de leur exploit.
Honnêtement, plus je regarde ces publicités et plus j’ai envie de hurler. Parce que trop c’est trop. Je pèse mes mots quand je dis qu’il s’agit d’une agression et d’une atteinte grave à la vie privée. Ces individus, qui font passer ces horribles messages, ne se rendent-ils pas compte à quel point ils exercent une lourde pression sur des millions de femmes ? Que c’est en les culpabilisant de la sorte qu’ils les guident justement vers une forme certaine de dépression ? Pour la énième fois, qui leur a donné le droit de contrôler ainsi l’intimité des autres ?
Je respecte leur opinion. S’ils sont contre l’interruption volontaire de grossesse c’est leur choix. Mais qu’ils respectent les nôtres est-ce trop demander ? Là je dis par pitié, vraiment je viens à supplier, laissez les gens tranquilles. Cela ne vous regarde pas. Il ne s’agit pas de vous. Ce ne sont pas vos affaires, votre corps, votre vie, vous n’êtes en rien concernés par les choix des personnes qui ont recours à l’avortement. Je vais être franche, ces publicités me rendent malade. Elles sont ambigües, pour tout dire. Alors je vais les prendre comme je les vois au premier coup d’oeil mais à la longue il est aisé d’en saisir l’ironie. A savoir de dénoncer l’IVG comme un crime en prouvant que les personnes “incitant” une femme à y avoir recours ne le font que dans leurs propres intérêts par des moyens détournés.
Ecrire « Je vais t’aider…à ne pas gâcher ma vie », ce qu’un homme dirait à une femme souhaitant avorter du foetus qu’ils ont conçu ensemble est absolument surréaliste et malsain. J’ai honte de poser mes yeux sur un tel message. Combien de femmes avortent justement parce que le géniteur a décidé de se faire la malle et de ne pas assumer ce qui est aux yeux des pro vie « un merveilleux cadeau de la vie, Dieu, la nature etc etc… » ? Où est la réalité dans ces propos qu’ils tiennent ?
« C’est une courte opération pour une longue dépression ». Il est vrai qu’il peut arriver qu’une femme fasse une dépression après son avortement que ce soit par culpabilité ou pour d’autres raisons qui n’appartiennent qu’à elle. Mais combien de femmes sombrent après un accouchement difficile ou parce qu’on les a forcées à garder un enfant dont elles ne voulaient pas car il a été conçu dans des circonstances particulières tel que suite à un viol ou elles se sentaient incapables de s’en occuper et de lui apporter le nécessaire pour mener une existence décente ? Combien donnent naissance sous X ou finissent par abandonner leur bébé ? Après cela combien d’enfants se retrouvent à grandir sans parent ? Il faut se poser les bonnes questions, aujourd’hui plus que jamais.
A côté de ça il y a ces jeunes filles/femmes qui tombent enceinte et qu’on force à avorter. Et ce n’est pas nous qui les incitons. Ca vient de leur famille surtout.
Nous sommes là face à deux extrêmes. Deux aspects d’une situation dans laquelle on oublie trop souvent la personne qui est confrontée à cette réalité. Le choix n’appartient qu’à elle. Et c’est épuisant de devoir se battre en permanence contre une idéologie qui en arrive à une telle expédition punitive pour des convictions complètement personnelles.
Récemment le délit d’entrave à l’IVG sur Internet a été reconnu par le Parlement. C’est une belle avancée mais toutefois assombrie par la réaction de ces groupes « Les Survivants » et « En marche pour la vie ». Et moi j’en ai marre de la désinformation, de cette propagande malsaine, de leurs actions agressives qui visent des inconnu-e-s n’ayant rien demandé à personne. Je suis fatiguée d’ouvrir Facebook et de tomber sur une guerre permanente entre ceux qui au final ne respectent pas l’intimité des gens et nous qui essayons par tous les moyens d’offrir la plus grande liberté qui soit : disposer de son corps comme on l’entend.
Je pose les mêmes interrogations pour la millionième fois : Qui des deux partis est le plus responsable dans l’immobilité de cet éternel débat ? Qui engendre le plus l’atteinte et l’irrespect à la vie privée ainsi qu’au droit absolument fondamental de disposer de son corps comme on le veut ? Qui ne respecte pas les opinions du parti opposé en organisant de telles actions ?
Ami-e-s féministes, le week end a été long et en ce lundi 16 janvier, moi aussi j’aimerai rester au chaud sous la couette en rêvant d’une société basée sur le respect et l’égalité dans laquelle avorter est un choix. On peut y avoir recours ou non, personne ne devrait obliger une femme à le faire ou pas, mais, personnellement, savoir que ce droit est réel me paraît tout simplement naturel. Il ne s’agit pas de l’imposer mais de le laisser exister.
Vous pourrez trouver des articles en ligne publiés par les magazines Les Inrocks et Huffington Post qui ont couvert les évènements de ce week-end. Enfin, je vous laisse le lien du site du journal de notre université Paris X, le Phare Ouest, où vous pourrez consulter le numéro 4 paru en novembre dernier et dans lequel j’ai eu l’occasion d’écrire un article toujours en lien avec l’accès à l’IVG et qui peut s’ajouter à ma longue lettre ci-dessus. Il se trouve en page 4 : http://phareouest-nanterre.u-paris10.fr/…
Certes la vie est merveilleuse, mais la liberté de la vivre comme on le souhaite et avec toutes les possibilités en main, d’être libre de ses choix personnels voire intimes, est encore mieux.
Maud-Alexia Faivre

 

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