Désormais nous publions les articles reçus pour le concours 2015 de manière aléatoire.

Voici celui de Martens Catherine

Aimer les femmes

Il y a quelques temps, dans mon fil d’actualité, j’ai vu passer un article intitulé « le monde arabe n’aime pas les femmes ». Plus bas, dans ce même fil d’actualité, se trouvait la photographie d’une espèce de fresque. Une fresque dans un hôpital, montrant une Wonder Woman violentée, comme un appel immonde à nous faire taire, à raviver nos peurs au ventre, partagée et repartagée jusqu’à la nausée par de nombreux internautes.

J’ai songé alors à ceux qui nous auscultent à notre insu ; à ceux qui dénigrent nos paroles ou qui les tournent en dérision ; à ceux qui refusent notre autorité, qui veulent nous renvoyer à nos foyers ; à ceux qui nous suppriment nos allocations, qui clament que nous voiler est une liberté ; à ceux qui nous omettent lors d’une oraison funèbre ou qui nous rayent de l’histoire avec grand H ; à ceux qui nous tripotent dans les transports en commun, qui nous pelotent les seins dans les manifestations ; à ceux qui nous assoient en bikini rikiki sur un capot, toute carrosserie refaite, pour vanter une voiture ; à ceux qui nous humilient publiquement ou dans le silence de l’isolement conjugal ; à ceux qui nous font tourner dans des pornos dégradants, qui nous violent ou qui nous paient pour nous sauter ; à ceux qui nous prennent en otage, nous marient de force, font de nous des esclaves ; à ceux qui nous malmènent, qui nous insultent, qui nous excisent, nous terrorisent ; à tous ceux qui nous tuent ; à celles, enfin, qui déclarent si souvent « je ne suis pas féministe ». Et je me suis dit que c’est le monde entier qui n’aime pas les femmes.

Puis j’ai pensé à ceux, de plus en plus nombreux, qui deviennent féministes; à ceux qui osent rallier cette cause commune, pour tous et non contre eux ; à ceux qui ne craignent ni les échanges, ni de s’aventurer hors de la cage, à nos côtés ; à ceux qui se lèvent la nuit et qui partagent les tâches ; à ceux qui nous aiment en femmes à armes égales ; à celles qui, en retour, ne peuvent que les aimer davantage. Et j’ai rêvé que tout était encore possible.

Cathsms, 05/03/2015

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