Voici un article, qui nous avait été proposé lors de notre concours d’écriture d’articles féministe 2015, il s’agit du texte d’une « cycliste féministe » Lise Bilien que nous remercions de sa participation.

A partir de maintenant nous publierons les autres articles reçus pour le concours 2015 de manière aléatoire.

On entend beaucoup parler de harcèlement de rue en ce moment. Déjà, avoir trouvé un nom « harcèlement de rue », ça rend les choses très concrètes, surtout pour les hommes qui ne réalisent pas bien la réalité du truc… Et puis, les emmerdeurs entrent tout à coup dans une case qu’ils ne pensaient sans doute pas occuper un jour.

Voici déjà quelques chouettes outils pour la pédagogie. Ben oui. Faites tourner.

Le projet crocodiles parle des situations de harcèlement et donne aussi des solutions :
http://projetcrocodiles.tumblr.com/

Cette fille est tout simplement géniale :
http://diglee.com/stop-harcelement-de-rue/

Et puis aussi Morpheen, l’illustratrice principale du magazine Causette :
http://morpheen.canalblog.com/archives/2014/06/03/30000617.html

Tout cela est formidable. Il manque néanmoins des témoignage sur le harcèlement de rue quand tu es en vélo.
Mes copines cyclistes sauront de quoi je parle direct mais je vais quand même expliquer un peu comment ça se passe pour les autres.

Tu es en vélo, tu as une jupe, tu pédales et des mecs se penchent avec le regard graveleux pour voir… voir quoi ? Hein ?
Ben ta culotte !! Enfin, je suppose…
Et ça ne se passe pas qu’en été quand les filles sont sensées être court vêtues ou quoi. Ça se passe en gros DES QUE TU NE PORTES PAS DE PANTALON ! Les harceleurs de rue ne sont pas sensibles aux saisons.

Y a des filles qui ont un truc marrant pour être tranquilles et rassurées quand elles sont en vélo et en jupe :
http://www.huffingtonpost.com/2014/07/09/keep-your-skirt-down-on-bike-ride-free_n_5570419.html

OK les filles, vous êtes toutes mignonnes, c’est sympa.
Mais pourquoi serait-ce à nous, les bikeuses, de faire en sorte de ne pas attirer les regards ? Je ne vois pas bien l’idée là… Qui a un problème quand une fille fait du vélo en jupe exactement ? La fille ou le gars qui se tord le cou comme un con pour espérer apercevoir quoi ??? Une pauvre culotte ? Nan mais ho mec, t’en vois jamais des culottes ? Tu sais pas que tu peux en voir plein dans les magasins ou sur le catalogue de la Redoute ? Ou peut-être que tu appartiens àla police de la culotte et tu es payé pour vérifier si on en porte bien ??? Ou peut-être crois-tu que je vais trouver ça chouette et original comme technique d’approche ?

Mais sans dec, pour qui tu te prends mec ? Est-ce que moi je vérifie si tu as une boule qui sort quand tu portes des caleçons ?

Y a une chanteuse qui ne chantera pas sur les harceleurs de rue, je respecte et j’adore sa chanson :
http://www.dailymotion.com/video/x20nr1a_garance-jour-de-poisse_music

Mais moi, je vais être sympa et j’espère que ça va contenter les pauvres gars frustrés qui se tapent des torticolis… je leur offre un bouquet de mes culottes :


Voilà pour la générosité, y en a pour tous les goûts, toutes les couleurs, toutes les matières, c’est simple, ça coûte rien et maintenant tu fais plus chier les bikeuses en jupe (ou en short, c’est pareil). OK mec ?

Les filles, si ce magnifique bouquet ne calme pas les crétins frustrés, ce dont je doute, voici mes conseils et mes expériences face à ce genre de harcèlement…

D’abord, je ne pense jamais à m’habiller en fonction des emmerdeurs potentiels. Je fais du vélo en talons, en tongs, en mini-jupe, les cuisses en liberté et si on aperçoit ma culotte ou mes bourrelets ben franchement le monde ne s’écroulera pas. Le confort, l’envie, les besoins et la météo guident mes choix, je refuse de penser à l’éventuel connard que je vais croiser.

Ensuite,  sachez que j’ai la carrure d’un moineau donc, en situation de harcèlement, j’essaie d’évaluer très vite les dangers. Il faut être bien consciente de ce qu’on va pouvoir faire : est-ce que je peux jurer comme une charretière, trouver la remarque la plus castratrice ever (on nous cherche sur le terrain de la sexualité oui ou non ? Ce terrain nous appartient aussi et je vous jure que souvent c’est TRÈS facile de rabaisser un mec là-dessus), est-ce que je ferai mieux de fermer ma gueule et de filer en pensant que la prochaine fois on fera mieux (parfois vaut mieux…) ?

Quelques situations pratiques :

1. Tu es emmerdées par un piéton : tu lui demandes s’il ne voit donc JAMAIS de culotte pour se pencher à ce point, tu peux lui parler de son éventuelle testicule qui dépasse de son calebute puis TU PÉDALES PLUS VITE QUE JAMAIS. Le vélo a cet avantage de te faire avancer vite non ?
Reste vigilante face à la circulation, faudrait pas que tu te fasses renverser à cause de ce sinistre gueux. Mais j’ai confiance : on sait se dépasser pour se sauver et nos réflexes décuplent.
Ça m’est arrivée de m’arrêter carrément et de demander au gars ce qu’il voulait voir au juste – les yeux dans les yeux.La honte sur le gars, le bonheur sur moi.

2. Tu te fais emmerder par un mec en voiture : action-réaction (je suis pour l’insulte, perso) ensuite tu t’enfuis en pédalant direct sur un trottoir, vers un sens interdit. Héhéhé, c’est pas bien mais le conducteur ne pourra pas te suivre et c’est toujours mieux que de harceler une cycliste dans la rue.

3. Tu te fais insulter par toute une bande. Là, c’est plus chaud, je te renvoie aux 3 liens du début et je rajouterai ceci : TU HURLES. Le cri de film d’horreur, si tu arrives à le sortir, c’est quand même un truc génial pour attirer l’attention dans la rue, pour faire fuir les gars qui vont s’imaginer être arrêtés pour viol, pour leur mettre la honte… testé et approuvé in situ (carrure de moineau – soprano léger – mais crier m’a déjà sauvée).

La honte doit changer de camp. Qu’on se le dise.

 

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